Le jeu de la musique | Stéfanie Clermont

Couverture du livre Le jeu de la musique de Stéfanie Clermont, paru chez Le Quartanier.

[ + Audio 🎙 ] Je ne vous apprends rien : je lis beaucoup. J’ADORE lorsque je lis un livre qui ne ressemble à rien de ce que j’ai pu lire avant. Un livre qui me surprend. Dans cet article, je vous présente le premier livre de Stéfanie Clermont (et j’espère que ce ne sera pas son dernier!).

J’ai priorisé ce livre parce qu’il m’a été recommandé par Noémie Pomerleau-Cloutier, poétesse du magnifique Brasser le varech, lors du Salon du livre de Montréal en novembre 2017 et qu’il est dans la liste des 20 livres que je vais assurément lire en 2018. ⤵




« C’est un excellent recueil de nouvelles, mais on pourrait aussi dire que c’est un roman. » nous dit Noémie Pomerleau-Cloutier dans l’extrait audio. ⤴

Qu’en est-il exactement?

Lors du Salon du livre de la Côte-Nord, j’ai entendu Stéfanie Clermont dire qu’elle est influencée par un courant qu’on voit plus souvent chez les auteurs anglophones, le short story cycle, une série de nouvelles liées entre elles.

Le format de ce livre est déstabilisant parce que les narrateurs varient au fil des nouvelles. Autrement dit, on ne sait pas qui est je avant quelques paragraphes. Il ne faut pas prendre pour acquis que la narratrice d’une nouvelle, Sabrina par exemple, sera la narratrice de la nouvelle suivante. C’est mélangeant, surtout au début. Ensuite, on s’habitue et on attend que le mystère s’éclaircisse. Et tout va bien.

Aussi, un personnage est à la fois féminin et masculin, selon où ce personnage en est dans sa transition. Lorsque je l’ai constaté, je suis retournée un peu en arrière pour m’assurer que je ne me mélangeais pas. Et puis, j’ai trouvé ça brillant. L’identité de genre de cette personne évolue et on n’a pas besoin de s’en faire avertir. C’est comme ça, c’est tout.

On suit un groupe d’amis qui a survécu à plusieurs choses, dont le suicide de leur ami Vincent. Souvent, on est surpris par un suicide. On n’imaginait pas ça. On n’avait pas vu les signes. Dans ce cas-ci, les amis comprennent la mort de Vincent. Elle ne les surprend pas. Chacun d’eux a milité, chacun d’eux a rêvé d’un monde meilleur et chacun d’eux est fatigué et désillusionné.

« J’avais lâché l’université après une session, trop paniquée par la perspective de devoir de l’argent à l’Aide financière aux études ou à mon père. Je m’ennuyais de l’époque où nous répondions sans aucune honte, quand survenait la question ridicule : « Nous sommes des révolutionnaires. » Cette époque-là était passée. Nous étions entrés dans l’époque suivante, une époque sans nom. Pas vendus, mais pas aussi convaincus qu’en 2009. Nous étions en attente de procès, nous avions vu des explosions de révolte enthousiaste se répandre dans la rue comme des traînées de poudre avant de sombre dans l’oubli quelques mois plus tard, nous devions de l’argent à Pierre Jean Jacques, nous avions perdu des amis pour des raisons personnelles, d’autres pour des raisons politiques. »

« Pour les gens de notre âge, surtout, c’est indéniable que le G20 est comme une ligne dans le sable. Après le G20, la moitié de mes amis se sont radicalisés, pis l’autre moitié a pris sa retraite. »

Le jeu de la musique, c’est des gens fin-vingtaine début-trentaine qui cherchent leur place dans la monde. Des gens qui se cherchent. Des gens qui ont été blessés. Et des gens qui sont encore blessés au quotidien. Parmi les sujets abordés, il y a l’alcoolisme, la violence conjugale, une relation sexuelle pas tout à fait consentante (racontée avec froideur, comme si la victime n’était plus dans son corps et qu’elle relatait les faits, tels qu’ils sont) et la pauvreté.

« J’habite un peu partout, en ville, dans le bois. Chez les autres. Dans des chambres que je ne prends pas le temps de décorer, dans des quartiers que je n’apprends pas à connaître. Je travaille un peu partout, n’importe comment, deux mois à la fois, cent dollars à la fois. La grande constante de ma vie, c’est que je suis souvent triste. Je suis souvent réveillée toute la nuit, souvent au lit jusqu’à midi. Je me demande pourquoi tout est toujours à recommencer. J’ai des moitiés d’idées, des envies de grandeur qui me donnent le vertige. Je n’arrive pas à mener mes projets à terme. Je n’arrive pas à prendre soin de moi. Chaque fois que j’entends de créer quelque chose, une force s’empare de ma main et me fait écrire « Je ne suis rien, je ne vaux rien. » »

« Mon seul souvenir du temps, c’est : j’aurais pu. Il fut une époque où j’aurais pu faire quelque chose pour éviter de me retrouver ici, comme ça. Plus maintenant. Tout commence sans mon consentement. J’ai perdu le privilège de choisir. Je ne choisis pas le moment de mon réveil. Mon réveil est un intrus qui m’embrasse sur la bouche. Il pue. « Viens, ça recommence. »
Je ne veux pas, je n’ai pas le choix. »

Évidemment, la musique est très présente tout au long du livre.

Le dernier chapitre explique beaucoup de choses, dont le titre du livre. J’ai aimé le lire en dernier et tout comprendre tout d’un coup!

Ce livre s’adresse à qui? Je suis d’accord avec Noémie Pomerleau-Cloutier : tout le monde. Parce que même si on n’a pas tous milité activement, on se reconnait dans la transition vers la vie adulte. Et aussi, on lit ce livre parce que c’est bien écrit et que les émotions sont au rendez-vous.

« Ces lieux tranquilles où vivre et mourir en paix, il n’y en a presque pas. Il n’y en a presque plus. Et moins il y en a, moins on se souvient de cette autre vie, celle qui commence dans le ventre et qui éclate dans la gorge, dans les yeux, dans le sexe, dans nos langues qui touchent le soleil. »

Je vous laisse sur une des chansons dont il est question dans ce livre.

Le jeu de la musique
Stéfanie Clermont
Le Quartanier Éditeur
ISBN-13 : 978-2-896-98335-3

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