N’essuie jamais de larmes sans gants | Jonas Gardell

Couverture du livre "N'essuie jamais de larmes sans gants" de Jonas Gardell.

J’ai reçu ce livre comme coco de Pâques à la Librairie Morency. J’ai décidé de le prioriser lorsque j’ai su qu’il était en nomination pour le Prix des libraires 2018. Puis, je l’ai proposé au combat des piles #6. Puis je l’ai lu parce qu’il était dans la pile gagnante. Lumière sur un livre essentiel et bouleversant.

« Je veux dans ma vie pouvoir aimer quelqu’un qui m’aime. »

Aimer et être aimé en retour, quoi de plus légitime? Et pourtant, jusqu’en 1979, l’homosexualité était classée comme une maladie mentale en Suède.

Peu après, le sida est apparu aux États-Unis. Certains avaient l’impression que ça ne se rendrait pas en Suède. Ils avaient tort : le sida s’est répandu un peu partout, dont en Suède. Surnommé le cancer gay, le sida suscitait la méfiance et les jugements.

N’essuie jamais de larmes sans gants est divisé en trois parties : L’amour, La maladie et La mort. Parce que oui, des gens vont mourir. Mais surtout, ils vont s’aimer, à la vie, à la mort.

« C’est si difficile à comprendre, c’était une époque si différente. Nous nous imaginons aujourd’hui la Suède comme un pays libéral, presque magnanime, et nous pensons qu’elle l’a plus ou moins toujours été. Or, au début des années 1980, le plus grand quotidien du pays, Dagens Nyheter, refusait de publier des faire-part de décès où le défunt était un homme pleuré par un autre homme. »

Plusieurs jeunes gays suédois convergent vers Stockholm pour vivre pleinement. Le soir de Noël en 1982, quelques-uns d’entre eux se retrouvent chez Paul pour manger, boire et chanter. Ce sera le début d’une grande histoire d’amour entre Rasmus et Benjamin. Et ce sera le début de l’épidémie du sida, qui les concernera.

Ce livre est une fresque sociale basée sur ce couple et ses amis. Ce sont des humains comme les autres, avec des sentiments et des rêves.

En 1985, les méthodes de transmission étaient connues, mais les gens avaient peur quand même. D’où la référence aux larmes. Les gens avaient peur de boire dans le verre d’une personne contaminée. Certaines personnes jetaient de la vaisselle réutilisable si des personnes contaminées s’en étaient servies. Disons que les médias et les médecins contribuaient à nourrir la peur.

« Médecins, journalistes, rédacteurs en chef, éditorialistes, politiciens, policiers, pasteurs, juristes, personnes d’autorité des deux sexes se sont rendus coupables de cet abus de pouvoir – et aucun d’entre eux n’a une seule fois eu à répondre de la souffrance et du désespoir qu’il a causés à un groupe qui était déjà extrêmement exposé. »

Les gens contaminés avaient du mal à vivre avec eux-mêmes.

« Parmi ses connaissances, la quasi-totalité des séropositifs comme lui avaient cessé toute forme de sexualité. Ils n’aimaient plus leur propre corps.
[…]
Lars-Åke ne voulait même plus se branler. Il ne voulait plus voir son sperme contaminé.
Il avait tellement peur, il éprouvait un tel dégoût de lui-même.
Il avait en horreur son sperme, son sang, sa salive, son urine, ses excréments; toutes ces matières qui s’écoulaient en et hors de lui, impures, pour certaines contaminées. »

Les gens mourraient dans la honte et dans la solitude. Des médecins dits objectifs ne les aidaient pas du tout. Et leur mort était loin d’être digne.

« Les patients morts du sida étaient considérés comme des foyers infectieux, placés dans des sacs plastique noirs imperméables.
L’homme homosexuel comme un déchet. »

De plus, certains hommes ne pouvaient pas être présents lors de l’enterrement de leur conjoint à cause des qu’en dira-t-on.

Des menaces de quarantaine planaient sur les homosexuels. La Swedish Federation for Lesbian, Gay, Bisexual and Transgender Rights (RFSL) recommandait aux gays de ne pas se faire tester et d’agir comme s’ils étaient contaminés. C’était sécuritaire d’un point de vue de santé publique, tout en étant respectueux des droits individuels des gays.

Aussi, ce livre m’a permis de découvrir les Témoins de Jéhovah. Pas comme dans découvrir que j’ai envie de me convertir. Découvrir dans le sens maintenant je comprends un peu mieux ce que certains de mes amis ont vécu. J’ai connu plusieurs personnes qui ont été reniées par leur famille parce qu’elles ne voulaient plus être dans les Témoins de Jéhovah. J’ai connu plusieurs personnes qui ont souffert et qui n’en parlent pas, sauf pour exprimer la peine que ça leur a fait et la peine que ça leur fait encore. Saviez-vous qu’il y a un rituel d’enterrement lorsqu’une personne quitte les Témoins de Jéhovah? C’est décrit dans N’essuie jamais de larmes sans gants. J’ai pleuré.

« Benjamin, mon fils. Tu nous as encore écrit.
Je t’avais pourtant demandé de ne plus écrire et je te le redemande. Il faut que tu comprennes.
Je t’aime. J’espère que tu vas bien.
Mais je fais comme si tu n’existais pas. »

On se promène entre le présent (principalement les années 80) et l’enfance des protagonistes (années 60 et 70). Ce n’est pas clairement délimité, mais ce n’est pas mélangeant.

Il y a des répétitions. Et des fois, je me suis surprise à penser que ce n’était pas nécessaire. Puis ensuite, je me disais que j’avais peut-être fait le lien parce qu’il était devant mes yeux, justement. Et on va se le dire, lire plus de 800 pages, ça nécessite des pauses. Et qui dit pauses dit facile de se mélanger ou d’oublier de faire des liens.

Vous l’avez compris : c’est ultra lourd comme lecture. Même si l’amour et l’amitié sont au cœur du récit, plusieurs personnes souffrent.

Je ne vis pas dans un monde de licornes et je savais très bien que le sida est une terrible maladie. Et je savais très bien que l’homophobie existe. Mais je ne m’étais jamais arrêté à en lire autant sur le sujet en si peu de temps.

C’est ultra lourd, mais c’est aussi ultra nécessaire.

Et j’imagine très bien un film basé sur ce livre.

« Quand il est revenu sur son lieu de travail après le premier congé de maladie, l’ensemble de ses collègues avaient signé une pétition contre son retour. Il a bien tenté de faire appel de cette décision, mais a dû finalement accepter sa mutation à un autre poste. »

Le SIDA en 2018

Difficile pour moi de vous dire comment ça se passe en 2018 en Suède. Là où je peux aider, c’est en vous dirigeant vers des informations crédibles sur le sujet. Cliquez ici pour accéder à la section VIH et SIDA sur le site du Gouvernement du Canada. Cliquez ici pour consulter une liste de ressources disponibles en français.

En passant, le sida ne se transmet pas par les larmes.

Avez-vous des histoires ou des craintes à partager? Ensemble, on peut s’aider.

N’essuie jamais de larmes sans gants
Auteur : Jonas Gardell
Traduction : Jean-Baptiste Coursaud et Lena Grumbach
Éditions Alto
ISBN-13 : 978-2-89694-387-6

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