Hikikomori | Josée Marcotte

Couverture du roman Hikikomori de Josée Marcotte, chez L'instant même.

[ + Audio  🎙 ] Sous ce titre japonais se cache un texte en français. Un texte sur une réalité nippone qui gagne le monde occidental : les hikikomori. Dans cet article, je vous partage mon avis sur ce roman et je vous donne accès à des extraits d’entrevue avec l’auteure.

« Encore peu d’Occidentaux connaissent le phénomène des hikikomori au Japon, une réalité qui touche les adolescents et les jeunes adultes, plus souvent qu’autrement les garçons et les hommes dans la vingtaine. Pendant des mois, souvent des années, les hikikomori s’enferment dans une pièce. Ils refusent toute communication, s’isolent de la société qui les a vus naître et qui les a moulés. Un geste de refus. Du monde. Du moule. De la performance. Coupés de tous, ils n’ont qu’un contact minimal avec la réalité extérieur; console de jeux, télévision, radio, Internet. Ils se font livrer le nécessaire, sans jamais sortir, ou très peu, tard le soir pour les emplettes, dans des konbini, des dépanneurs peu achalandés à ce moment, et ils occupent leurs journées avec les jeux vidéo, les mangas, les animes. Je ne sais trop comment ce phénomène a réussi à ignorer les frontières géographiques pour venir toucher ma famille, au Québec. »

Marc, le frère jumeau de Marie, est mort dernièrement. Overdose de jeux vidéo. Selon le médecin légiste, il a fait une crise cardiaque au bout de 35 heures de jeux vidéo, sans pauses et sans boire ni manger. Marie prend un sans-solde de son boulot de libraire pour aller au Japon afin de s’entretenir avec des gens qui ont joué en ligne avec son frère.

« Ne pas savoir est tellement angoissant… Est-ce qu’il voulait véritablement en finir avec sa vie? Est-ce qu’il a fait exprès ou pas? Est-ce qu’on peut cesser de manger, boire et dormir par accident? Mourir par jeux vidéo, ces mots font mal par où ça passe, du corps à la tête, je suis une boule de nerfs, ma gorge se noue, mon crâne bourdonne. Non, c’est beaucoup trop affreux pour ceux qui restent. Avec toutes ces questions… Et cette liste de contacts dans ma poche qui pèse de plus en plus lourd. C’est décidé. Demain. Je vais rencontrer le premier gamer. »

On suit la quête de Marie de juin à septembre 2012. Comment on sait que c’est en 2012? Marie fait référence à la fin du monde prévue le 21 décembre 2012. Et la mort de son frère est son apocalypse à elle.

« Finalement, assise dans l’avion de la Japan Airlines (près d’un hublot, quelle chance), je repense à Marc et à ses jeux vidéo. Mon frère, vers la fin, avait une véritable passion, intense, pour les jeux en ligne et les jeux vidéo. Il passait d’une console à l’autre, la PS3, la Xbox 360 et encore d’autres, selon son humeur. Il connaissait le sujet à fond et commentait les nouveautés sur les multiples sites amateurs. J’aimais profondément Marc. Le souvenir d’un jeu de simulation de tir au PlayStation Move me revient à l’esprit quand l’engin prend son envol en vrombissant. Je regrette qu’il n’ait jamais eu la chance de prendre l’avion, réellement je veux dire, partager ce moment avec moi, avant cette forme de décollage pour un monde dont lui seul connaît le mystère désormais. »

Je me suis attachée à Marie et à son sens de l’humour (qui se résume très mal avec des extraits hors contexte). Elle a le sens de la phrase! Et elle est influencée par Réjean Ducharme et les jeux de mots.

« Sous ce qui paraît évident se dissimule souvent autre chose. Il est évident que je suis déterminée, que j’irai jusqu’au bout de mon entreprise. Je ne suis pas bouddhiste, mais jusqu’auboutisme. La blague. L’humour aide à vivre et à se survivre. Et malgré mon stress de chevreuil-qui-traverse-l’autoroute bien enfoui sous l’épiderme, j’arrive à passer à l’action. »

Marie repousse ses limites et se réalise au fil des pages.

« Dans un des livres d’Amélie Nothomb traitant du Japon, je me rappelle avoir lu que tout individu doit avoir fait l’ascension du mont Fuji au moins une fois dans sa vie pour mériter sa nationalité, pour devenir un Japonais véritable. Pour ma part, je ne veux pas devenir Nipponne, je suis Québécoise et je le resterai, pour ce que cela veut dire, mais je désire me rendre au sommet. C’est symbolique comme geste. Et c’est simple comme épreuve, en théorie. Mon corps va devoir coopérer et monter plus de trois mille mètres en un seul jour. »

Aussi, on suit d’autres personnages en alternance. Il y a Mei, une jeune hikikomori. Le cousin de Mei, Kengo, étudie pour devenir mangaka et essaie de lui venir en aide. Il y a aussi Naika, accro aux jeux vidéo et employée dans un love hotel. Chaque chapitre indique clairement de qui il est question et ce n’est pas mélangeant du tout.

Tous les principaux personnages ont leurs raisons de s’isoler. Et ça suscite l’incompréhension dans leur entourage.

Et Marie aussi, à sa façon, est isolée.

« La fiction m’a toujours paru plus réelle que le réel. J’aime les livres et les histoires. J’ai souffert d’intimidation au secondaire, et la lecture (combinée à l’aide de Marc) m’a permis de supporter tout ça. Je passais les pauses et l’heure du dîner à la bibliothèque de l’école, lisant presque tout ce qui me tombait sous la main. Ce qu’il y a de bien avec le secondaire, c’est qu’il a une fin. On ne peut pas mieux dire. Un matin, on se lève et c’est fini. »

« Quand nos parents se sont éteints, Marc a emménagé à quelques rues de chez moi. Une fois l’héritage familial partagé et les assurances encaissées, nous n’avions pas vraiment besoin de travailler tout de suite. Ils nous ont laissé à chacun un gros montant, assez pour que je ne m’inquiète pas pour mon avenir et que je puisse m’offrir ce périple. Après l’accident, j’ai pris deux mois de congé. Marc, quant à lui, avait besoin de plus de temps. Il disait qu’il n’était pas prêt à retourner au boulot. Je ne voulais pas le contrarier. La perte de nos parents nous avait bouleversés, et éloignés. On discutait moins qu’avant. Finalement, Marc n’a jamais repris le travail. Et j’ai ensuite hérité de la part de Marc… Résultats : j’ai beaucoup d’argent, mais je n’ai plus personne. Mieux vaut ne pas trop y penser. »

À lire pour découvrir une plume et une réalité dont on parle trop peu.

Entrevue avec Josée Marcotte, auteure de Hikikomori

J’ai eu la chance de discuter avec Josée Marcotte à l’émission Bouquins & Confidences. Vous pouvez écouter l’émission complète en cliquant ici.

J’ai demandé à Josée comment elle a eu l’inspiration pour écrire ce roman et quelles sont les recherches qu’elle a effectuées. Elle nous explique le processus de création dans l’extrait audio légèrement plus bas. ⤵

Aussi, Josée nous a parlé de la suite d’Hikikomori. Pour l’instant, elle travaille sur le 2e tome, où Kengo, le cousin de Mei,  deviendrait le personnage principal. Elle est inspirée pour une trilogie. Elle nous en parle dans l’extrait audio légèrement plus bas. ⤵

Suggestions de lecture complémentaires sur le sujet des hikikomori

Et vous, connaissez-vous le phénomène des hikikomori?

Hikikomori
Josée Marcotte
Les éditions de L’instant même
ISBN : 978-2-89502-358-6

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