De vengeance | J. D. Kurtness

Couverture du roman De vengeance de J.D. Kurtness, chez L'instant même.

Si vous êtes ici, c’est probablement parce que vous aimez qu’on vous fasse des suggestions de lecture. Figurez-vous que c’est mon cas aussi : j’aime qu’on me fasse des suggestions. J’aime qu’on me présente des livres auxquels je n’aurais pas porté attention. J’aime qu’on me sorte de ma zone de confort littéraire. Dans cet article, je vous présente mon avis sur un roman suggéré par l’écrivaine et réviseure linguistique Josée Marcotte lors du Salon international du livre de Québec 2018.

Je n’ai pas l’habitude de lire des romans où il est question de meurtres. Comme je vous le disais dans mon texte sur le roman Émeutes de Vic Verdier, j’ai le cœur sensible. La particularité de De vengeance est que la narratrice est sympathique et drôle (ok, il faut aimer l’humour noir pour apprécier et c’est mon cas). L’humour me fait penser à la trilogie La Bête de David Goudreault, où il m’arrive de me sentir mal de rire à certains moments qui sont limites.

« J’ai l’air d’une infirmière, d’une libraire, d’une joueuse de soccer. Mon visage est mon meilleur alibi. »

À 12 ans, elle découvre accidentellement le plaisir de tuer. La victime? Un adolescent qui intimidait les autres élèves de l’école, entre autres. Heureuse d’avoir bénéficié de la chance de la débutante, elle décide de changer le monde, un crime à la fois. C’est sa contribution pour l’avancement de l’humanité.

« Je ne serai jamais à court de projets. J’affectionne les fils de commentaires sur les sites de nouvelles. Les champions qui signent leur vrai nom. »

Qu’est-ce qui la rend si sympathique? Ses premiers crimes volontaires consistent à promener des chiens sans que leurs maîtres le sachent. C’est sa façon de donner de l’amour à des bêtes dont les maîtres ne se préoccupent pas suffisamment.

« Observer les gens est une nécessité et une passion. Je le fais parfois juste par plaisir, sans dessein autre que la félicité du naturaliste devant un groupe de babouins. Incroyable ce que les gens font quand ils pensent que personne ne leur prête attention. Même en public, lorsqu’ils marchent sur le trottoir et qu’ils se pensent seuls, ils agissent différemment. Plusieurs croient faussement à l’intimité de leur balcon, de leur cour ou de leur voiture. À l’intérieur, les rideaux fermés, je peux comprendre qu’on laisse libre cours à ses déviances, mais dehors? »

Ses séances d’observation lui permettent de repérer plusieurs victimes potentielles. Ses victimes de choix sont les voisins bruyants, les propriétaires de chiens qui ne ramassent pas les crottes de leur animal domestique, les chauffards, les propriétaires qui n’entretiennent pas les logements qu’ils louent et les autres personnes qui empoisonnent son existence.

« D’habitude, les automobilistes se contentent de peser lourdement sur l’accélérateur seulement après avoir laissé passer les piétons. C’est leur manière de nous dire qu’on leur a fait perdre leur temps, que leur destination est plus importante que la nôtre. Ils poussent rarement l’insulte jusqu’au frôlement. Le crissement de pneus de protestation, le départ canon malgré qu’il faut freiner à nouveau au prochain feu rouge, 150 mètres plus loin, je connais. Pour certains, la vie perd de sa saveur s’ils n’atteignent pas 60 km/heure entre chaque coin de rue. Le frôlement jumelé au doigt d’honneur : ça, c’est nouveau. »

Heureusement, elle est dotée d’une mémoire phénoménale. Ça lui permet d’agir à retardement, ce qui lui évite de se faire pincer.

Patiente et paranoïaque, elle s’observe elle-même, pour s’assurer qu’elle ne laisse pas d’indices.

« D’ailleurs, chaque fois que j’aperçois, parmi le recyclage déposé sur le bord du chemin, un emballage pour une machine espresso à capsules, je note l’adresse. Je me promets une action de masse, de jour, pour tuer tous ces gens qui jettent chaque jour leurs petites capsules de métal et de plastique, inaptes à voir le saccage que ça implique et l’immense monticule qui s’accumule sur une planète déjà exsangue. »

On la sent devenir de moins en moins méthodique au fil du temps. Elle constate lentement qu’elle dérape. Elle devient plus flexible sur ses principes. Ses fameux principes qui lui permettent de ne jamais être soupçonnée pour les crimes.

La fin du roman est déstabilisante parce que son dernier crime ne ressemble pas aux autres (bien qu’elle dit qu’elle ne possède pas de signature tout court). Je vois ça comme une perte de contrôle.

« Je ne fais pas partie de cette catégorie de gens qui désirent une forme de reconnaissance pour leur travail. Ceux-là mêmes qui finissent par poster des indices à la police, ou par écrire des lettres ouvertes dans les journaux. Je n’ai pas de signature propre, pas un crime ne ressemble à un autre. Je ne trace pas mes initiales sur mes victimes, je ne pisse pas dans les coins de la pièce. Je ne laisse pas de papillons exotiques au fond de la gorge, ou des haïkus pliés dans la veine cave supérieure. La poésie de mes gestes n’a de sens que pour moi. »

C’est une lecture qui m’a fait du bien parce que je partage certaines des opinions de la narratrice. Et je suis pas mal certaine que c’est votre cas aussi. Par contre, je ne partage pas les moyens qu’elle utilise (et j’espère que vous ne partagez pas les moyens qu’elle utilise).

En conclusion, toi qui ne ramasses pas les crottes de ton chien, toi qui frôles les piétons et les cyclistes lorsque tu es au volant de ta voiture, toi qui penses que tout le quartier a envie d’entendre ta musique… sois prudent! Tu es peut-être surveillé.

 

* Ce livre m’a été offert par Les éditions de L’instant même. Ce texte a été écrit de façon authentique et indépendante, comme d’habitude! Cliquez ici pour consulter ma politique éditoriale.

De vengeance
J. D. Kurtness
Les éditions de L’instant même
ISBN : 978-2-89502-397-5

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