Le rêve de la mère de Michèle Plomer, Monique, était de travailler dans le Grand Nord. C’est un rêve qu’elle décide de réaliser à 70 ans.

« Elle m’annonce qu’elle a fouillé les offres d’emploi gouvernementales sur Internet et découvert un poste affiché à Puvirnituq. Elle reprend du service en tant que cadre à la Protection de la jeunesse. »

Habiller le CŒUR | Michèle Plomer | Marchand de feuilles

Dès les premières pages, on comprend que sa mère est une femme libre et qu’elle est pas mal espiègle. Par exemple, elle dit à Michèle qu’elle quitte le jeudi, et finalement, elle quitte plus tôt. Et tout ça était prévu!

On voit souvent des relations mère-fille où la mère s’inquiète pour sa fille. Dans Habiller le cœur, la situation est inversée! C’est la fille qui s’inquiète pour la mère. C’est la fille qui se sent loin de sa mère. C’est la fille qui a du mal à joindre sa mère et à avoir des nouvelles.

« Mon inquiétude et ma peur font partie du cocktail d’émotions qui m’habitent, mêlées à un fort sentiment d’impuissance et d’irritation. Sa volonté de reprendre le travail et de découvrir le Grand Nord à son âge bouscule mes plans. Sa retraite constituait une sorte de repos pour moi, ou du moins un intermède qui m’était accordé entre les surprises continuelles de sa vie et les années où j’aurais à m’occuper d’elle. Ma mère était censée demeurer du côté du sudoku et des dépliants de pharmacie comme une septuagénaire normale, et moi, me concentrer sur mon écriture. »

HABILLER LE CŒUR | MICHÈLE PLOMER | MARCHAND DE FEUILLES

Cette peur ne l’empêche pas de comprendre que sa mère a besoin de se réaliser dans son travail. Monique est faite pour aider les autres.

« Elle ne laisse pas galoper inutilement son empathie, préserve son énergie. J’ai appris à la dure à ne pas réagir à voix haute aux drames se déployant dans son bureau. Même pas de oh!, ou de pauvre petit loup. À ses oreilles, mes réactions correspondent à un jugement des parents en détresse. Ma mère à les jugements en horreur. La Direction de la protection de l’enfance de Puvirnituq s’est dotée d’une cadre amoureuse du genre humain. Tout le monde sur un pied d’égalité. Les droits, les croches, les tombés, les relevés, ceux qui trébuchent à répétition et ceux qui, comme moi, ont peur. Inutile de parcourir l’organigramme de mon cœur pour trouver la source de mon désir frustré de me démarquer aux yeux de ma mère. »

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Une mère inspirante

Michèle est à Montréal pour trois mois, le temps d’accoucher de son prochain roman. Elle a une routine d’écriture, que sa mère ne comprend pas et ne respecte pas. Au départ, ça dérange Michèle. Avec le temps, elle devient plus flexible.

Les discussions avec sa mère l’amènent à modifier son projet d’écriture.

« Dans ma vie d’auteure, j’ai usé de mon droit de camper ailleurs mes histoires – en Chine pour ne pas faire dans la demi-mesure –, de ne pas me soumettre à la tyrannie des décors québécois plus grands que nature. Mais maintenant que nous tuons cette nature, qu’elle disparaît à vue d’œil, n’est-ce pas essentiel de la placer au centre de tout? »

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Michèle est inspirée par le Nord, mais aussi et surtout par la vie de sa mère. Parce que oui, sa mère n’a pas décidé de commencer à vivre à 70 ans. Elle est libre et audacieuse depuis longtemps.

Leurs discussions permettent à Michèle de découvrir la femme qu’est Monique.

Aussi, c’est intéressant pour le lecteur de voir qu’elles ont chacune un rapport à l’écriture. Michèle est écrivaine, Monique a été sténographe. Michèle est à la recherche du mot juste, Monique est efficace.

Éloge des différences

Vous vous en doutez, Habiller le cœur traite entre autres des liens entre une femme du Sud et des Inuits. Tout au long de son mandat à Puvirnituq, Monique aura plusieurs occasions de démontrer qu’elle possède l’ouverture nécessaire pour accompagner les Inuits.

Encore une fois, les mots sont importants.

Extrait du roman Habiller le cœur de Michèle Plomer.

Dans Habiller le cœur, on aborde aussi l’âgisme. Monique a dit à ses collègues dans le Grand Nord qu’elle a 62 ans, et non 70 ans. Elle ne veut pas qu’on la regarde comme une vieille. Elle ne veut pas qu’on l’épargne. Elle veut profiter pleinement de son expérience.

Il est aussi question des différences entre Monique et Michèle et entre la mère et le père de Michèle.

L’obsession du parka

Monique a dû se procurer un Canada Goose pour ne pas mourir de froid au Nord. Et elle a découvert que c’est un manteau très lourd. Très tôt dans son aventure nordique, elle rencontre des femmes qui portent un parka, un vêtement traditionnel, et elle se met en tête d’en avoir un elle aussi.

« Jamais il ne viendrait à l’esprit de Moe de demander à une femme née dans cette communauté, Connaissez-vous une bonne couturière? Ici, coudre, c’est plus que coudre. La confection des vêtements traditionnels fait revivre un héritage bafoué, rattache les fils coupés qui reliaient des générations de filles et de mères. D’ailleurs, les femmes inuites n’acceptent pas de coudre pour n’importe qui. Elles opposent à la majorité des requêtes un mutisme qui en dit long. »

HABILLER LE CŒUR | MICHÈLE PLOMER | MARCHAND DE FEUILLES

C’est sûr qu’elle pourrait offrir un montant d’argent qu’une couturière accepterait, mais ça serait encore une fois la Blanche du Sud qui a du pouvoir sur l’Inuit. Une autre preuve du respect qu’elle a pour les Inuits (et les humains en général).

À lire parce que ce livre contient tellement plus que ce que je vous raconte! À lire pour passer un bon moment avec des mots bien choisis.

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Julie Collin
Fondatrice et blogueuse en chef

Libraire, chroniqueuse culturelle et animatrice, ma vie tourne pas mal autour des livres!

Je lis de tout, et partout. Sur papier et sur ma liseuse numérique.

Je parle de mes lectures simplement, comme j'en parle avec mes amis devant un verre ou une tasse. Sentez-vous bien à l'aise de vous préparer un breuvage. 😉

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