Les villes de papier | Dominique Fortier

Couverture du livre Les villes de papier de Dominique Fortier, paru aux Éditions Alto.

Si je l’ai lu 3 fois en un mois, ce n’est pas parce que je ne comprenais pas. C’est parce que ça fait du bien! Je dis souvent qu’il s’agit d’une lecture doudou. Emmitouflez-vous et lisez la suite!

L’auteure fait des parallèles entre sa propre vie et celle d’Emily Dickinson (1830-1886, 1800 poèmes). Nul besoin de connaître Emily Dickinson pour être touché.

Dominique fait référence à ce que les spécialistes savent d’Emily, et nous le transmet d’une façon si harmonieuse que ça nous donne envie d’en savoir plus sur elle. On sait peu de choses sur Emily Dickinson puisqu’elle a vécu recluse et qu’elle ne cherchait pas la gloire.

« Emily a passé sa petite enfance et sa vie adulte à Homestead, dont le nom laisse deviner qu’il s’agissait de l’incarnation même de ce qu’est un home – plus qu’une maison, un foyer ; plus qu’un foyer, le feu qui y brûle. Et comme se fait-il qu’en français nous n’ayons pas de meilleur mot pour nommer cela qui est le lieu non pas où l’on habite, mais celui où on vit – plus que le lieu, la vie elle-même qui y palpite? »

Emily a pu étudier, ce qui était peu fréquent à l’époque.

« Au séminaire, Emily et ses condisciples étudient le latin, la botanique, l’astronomie, l’histoire, la minéralogie, la littérature et les mathématiques. On en oublierait presque que ce ne sont que des filles. »

Suite à ses études, elle rentre à la maison. La maison où elle va vivre jusqu’à la fin de ses jours.

« En rentrant à Homestead à vingt-cinq ans, elle efface d’un coup les quinze années précédentes. Maintenant qu’elle a retrouvé la demeure de son enfance, elle est bien déterminée à ne jamais les quitter – et la demeure, et l’enfance.
En rentrant à Homestead à vingt-cinq ans, elle songe que, de tous les membres de sa famille, celui qu’elle préfère, c’est peut-être bien la maison. »

Plus le temps passe et plus Emily s’isole. Elle veut se consacrer à l’écriture.

« On raconte qu’elle a commencé par limiter ses visites au village, pour ensuite rester cantonnée au jardin, avant de ne plus guère quitter la maison, puis le deuxième étage, pour finalement élire domicile dans sa chambre, dont elle ne sortait qu’en cas de stricte nécessité. Mais en vérité, elle vivait depuis longtemps dans bien plus petit encore : un bout de papier grand comme la paume.
Cette maison-là, personne ne pourrait la lui enlever. »

« Il n’est pas vrai qu’elle n’a que sa chambre. Elle a le chant des étourneaux, l’encre des nuits de novembre, les giboulées du printemps, les voix familières qui montent d’en bas avec l’odeur du pain en train de cuire, le parfum des fleurs de pommier, la chaleur des pierres chauffées par le soleil à la fin du jour, toutes choses qui nous manquent quand on est mort. »

La page couverture du roman fait référence à l’herbier d’Emily Dickinson. Un herbier de 424 spécimens sur 66 pages, réalisé à l’adolescence.

« À la première page de son herbier, Emily rassemble ainsi ce qui est nécessaire à l’écrivain qu’elle est déjà sans le savoir, ou le sachant peut-être : la couleur pour faire l’encre qui lui servira à écrire et à dessiner, de quoi s’éclairer, un moyen d’attirer les papillons, un baume pour soigner du froid – et des fleurs pour le thé.
Comme ses plantes, elle aussi a passé l’hiver entre les pages d’un livre. »

Dominique Fortier rend hommage à Emily Dickinson, la met en valeur. Elle explore l’importance des lieux et d’avoir un espace pour écrire.

« Emily à la cuisine prépare le pain. La pâte est douce sous des doigts, tiède et élastique comme une peau amie. Elle pétrit en un long mouvement, d’avant en arrière, cent fois répété. Après la soixante-deuxième pression des paumes sur la table, elle s’interrompt, regarde autour d’elle, saisit le sac de farine vide et en déchire un morceau. Elle sort un bout de crayon de sa poche, note quelques mots – seize, exactement, et cinq tirets longs comme des soupirs – puis elle replie le papier, tout petit, jusqu’à ce qu’il ne prenne pas plus de place qu’un ongle dans la poche de son tablier. Elle recommence à pétrir le pain. Soixante-trois.
Dans le tiroir de son bureau, elle range les poèmes griffonnés à la hâte sur les emballages. Quand elle les ressort, elle les reconnaît à l’odeur : certains fleurent la farine, d’autres exhalent un parfum de poivre ou de noix de pacane. Son préféré est au chocolat. »

« On s’émerveille de ces dernières années passées dans la solitude comme d’un exploit surhumain, alors que, je le répète, on devrait s’étonner qu’ils ne soient pas plus nombreux, les écrivains qui s’enferment tranquilles chez eux pour écrire. Ce qui est surhumain, n’est-ce pas le cirque de la vie ordinaire avec son cortège de futilités et d’obligations? Pourquoi s’étonner que quelqu’un qui vit d’abord par les livres choisisse de bon cœur de leur sacrifier le contact avec ses semblables? Il faut avoir une bien haute opinion de soi-même pour vouloir tout le temps être entouré de qui nous ressemble. »

Dominique n’est pas allée visiter les lieux d’Emily Dickinson. Ce sont des lieux de papier pour elle.

D’ailleurs, en mars 2018, j’ai eu la chance d’assister à une table-ronde sur les lieux à laquelle participait Dominique Fortier. Elle soulignait que si elle peut écrire des fictions qui se déroulent dans des siècles précédents sans les avoir vécu, elle peut écrire sur des lieux qu’elle n’a pas visité. Après tout, elle écrit de la fiction, et non des guides de voyage ou des livres d’histoire.

Alors, qu’attendez-vous pour vous procurer cette lecture doudou?

Les villes de papier
Dominique Fortier
Les Éditions Alto
ISBN : 9782896-943906

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