Manikanetish | Naomi Fontaine

Couverture du roman Manikanetish de Naomi Fontaine.

Yammie, une enseignante fraîchement diplômée, retourne à Uashat pour enseigner à l’école Manikanetish. Sa mère et elle avaient quitté la réserve lorsqu’elle avait 7 ans. Dans ce roman, on suit son parcours pendant environ une année scolaire.

« Le bac terminé, la peur de ne pas trouver mieux ici, dans la grande ville. J’avais entendu trop souvent des histoires de nouvelles diplômées qui travaillent comme caissières dans des boutiques trop luxueuses pour qu’elles puissent s’y acheter un simple veston. Et l’idée de retourner vivre dans mon village. De travailler dans ma communauté. De redonner. Ce contrat répondait largement à mes attentes. »

Accepter ce contrat et déménager à 8 heures de route n’est pas sans conséquence : elle doit entre autres s’éloigner de son amoureux, au point où elle ne sait plus ce qu’ils sont. Yammie doit se passer de son support lorsqu’elle anticipera son retour à Uashat.

« Depuis l’embauche nouvelle, j’avais sur-répété mon introduction. Leur parlant d’une voix claire de mes années d’études, de ce qui m’avait guidée dans le domaine de l’éducation. Et de mon retour à Uashat. Je ne leur dirais pas ce qu’il aura fallu céder. Ni la peur de ne pas être reconnue chez moi. Je leur cacherais mes craintes de début de carrière, mes incertitudes, mon manque de confiance. Et je ne leur parlerais pas en innu. À cause de ma mauvaise syntaxe, de mon accent de Blanche. »

Yammie est consciente que ses futurs élèves ont des défis. Est-ce que les bruits qui courent sont véridiques?

« De cette école, qui n’avait jamais été la mienne, j’ai entendu toutes sortes d’histoires. Drôles, pas toujours. Dérangeantes. Difficiles à comprendre. Véridiques, comment savoir? Un ami m’a raconté qu’il roulait des joints les deux mains sous son bureau durant les cours. Un autre, que les garçons plus âgés draguaient continuellement les jeunes enseignantes, avec beaucoup d’insistance. Il paraît qu’on s’y battait souvent. Filles et garçons, surtout pour des histoires de cœurs brisés et de filles faciles. Et on entrait et sortait des classes à sa guise pour aller faire quelques lignes de speed dans les toilettes. C’était le genre d’histoires qui circulaient. Grossies par l’imaginaire adolescent. »

« On m’a également dit que les choses avaient changé depuis l’arrivée du nouveau directeur. Un homme vieux, solide, Montréalais. Les cheveux blancs, bien peignés. Une main tendue avec sérieux. Enseignant de sciences de formation, il semblait être apprécié, craint et respecté. Lors de l’entrevue, j’ai immédiatement compris pourquoi. Malgré sa petite taille, il imposait l’écoute. Sa dizaine d’années au service de la communauté lui a procuré le flair nécessaire pour travailler avec les Innus. L’autodérision, la rigueur, l’absence de pitié sont les armes à employer pour œuvrer chez des gens qui ont eu leur part de préjugés raciaux et de raccourcis faciles sur leur manière de vivre. Si les enseignants jouissaient également de son aura, je le constaterais par moi-même. »

Comme plusieurs jeunes enseignantes, Yammie doit faire sa place et se faire respecter. Aussi, elle veut aider ses élèves à réaliser leur plein potentiel.

« Il est impensable que je me résolve à n’enseigner que la grammaire, ses multiples règles incongrues et la cédille qui fait qu’une lettre s’adoucit. Je leur apprendrais le monde. Et comment on le regarde. Et comment on l’aime. Et comment on défait cette clôture désuète et immobile qu’est la réserve, que l’on appelle une communauté que pour s’adoucir le cœur. »

Le directeur lui propose de monter une pièce de théâtre en parascolaire afin de bénéficier d’une subvention. Elle a envie de refuser, mais elle accepte lorsque le directeur lui dit que ce projet lui permettra de développer un lien privilégié avec les élèves.

Yammie n’a pas d’expérience en théâtre, tout comme les élèves. Elle consulte sa bibliothèque personnelle et ouvre un exemplaire de Le Cid de Corneille.

« C’était une édition destinée aux adolescents achetée pour un cours sur la littérature jeunesse. […] Le Cid était imagé, la typographie choisie exprès pour rendre la lecture en alexandrins attrayante. J’ai concédé que le vocabulaire était difficile et la longueur de la pièce n’était peut-être pas réaliste pour les deux séances de préparation par semaine. Un défi. C’était exactement ce dont j’avais besoin en ce moment. Un projet impossible à accomplir. Je me suis endormie satisfaite de mon choix. »

Yammie constate rapidement l’implication des élèves et la confiance qu’ils ont les uns envers les autres. Et elle devient confiante dans ses tâches d’enseignante et dans son identité innue.

À lire pour découvrir un récit où on fait la connaissance de gens débrouillards qui vivent des hauts et des bas. À lire pour l’amour de l’enseignement. À lire pour l’amour des racines. À lire pour la douceur du texte, même si ce n’est pas toujours joyeux.

Lire à voix haute

J’ai entendu Naomi Fontaine lire des extraits de Manikanetish en avril 2018 dans le cadre du Salon international du livre de Québec. Elle était en première partie du spectacle Bienvenue à Kitchike, basé sur le recueil Chroniques de Kitchike : la grande débarque de Louis-Karl Picard-Sioui.

J’en parle brièvement dans cet extrait tiré d’une chronique à l’émission Premières loges (CKRL 89,1) le 16 avril 2018. ⤵️

Manikanetish
Naomi Fontaine
Mémoire d’encrier
ISBN : 978-2-8971-24892

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