Les auteurs jeunesse sont-ils de vrais auteurs?

Les auteurs jeunesse sont-ils de vrais auteurs? Un texte de Patricia Rioux de Les éditions en pyjama, suite à une conférence du même nom au Salon du livre de Montréal 2017.

Je suis très fière de vous présenter une nouvelle collaboratrice : Patricia Rioux des Éditions en pyjama. Dès la première fois que j’ai eu connaissance de sa mission, j’ai été charmée (et ce n’est pas à cause du pyjama). Dans ce texte, elle aborde un sujet sensible : est-ce que les auteurs jeunesse sont de vrais auteurs?

Par Patricia Rioux

Les auteurs jeunesse sont-ils de vrais auteurs?* C’était le titre d’une des conférences du Salon du livre de Montréal 2017.

En tant qu’auteure « jeunesse », je me suis sentie interpellée par cette question qui sous-entendait le pire! Je me suis donc posée cette énigme existentielle pour la millième fois : suis-je une vraie auteure?

À partir de quand fait-on partie de la gang? Après un livre, dix livres?

Quoi que c’est un autre débat. Je m’attarderai ici sur le qualificatif : jeunesse.

Si je ne suis pas une vraie auteure, que suis-je? Une fausse auteure? Une imposteur?

Quelqu’un qui écrit est par le fait même un écrivain, non? Qu’est-ce donc qui différencie un auteur de roman, par exemple, d’un auteur jeunesse?

Est-ce la place que l’on a dans les médias? Est-ce notre lectorat?
La « grandeur » du récit? Sa longueur? Ou peut-être la simplicité du texte?

© Patricia Rioux, Les éditions en pyjama

Simplicité volontaire

Parfois, j’ai l’impression que je suis moins prise au sérieux avec mes contes jeunesse à cause de la « simplicité » du récit. Une simplicité volontaire, devrais-je dire.

Il faut comprendre que simplifier une idée est une chose excessivement compliquée! Ça peut sembler paradoxal, mais c’est tellement vrai. En tant qu’auteure « jeunesse », je me dois d’être très précise, tout en utilisant peu de mots. Je dois trouver le terme juste. Pas trop difficile à intégrer pour le lecteur, pas trop facile pour ne pas perdre son intérêt. Je dois aussi jouer avec plusieurs contraintes en fonction de l’âge de mon lectorat. Par exemple, je dois aller au fond des choses difficiles de la vie sans pour autant créer de traumatisme, me censurer mais pas trop, plaire à l’enfant et au parent, être positive, pédagogue et j’en passe!

Je dois aussi permettre à mon public de pouvoir lire entre les lignes. Après tout, je suis là pour développer leur autonomie, leur sens critique et leur esprit de déduction.

Ce n’est pas simple, bon!

L’enfant lecteur

© Patricia Rioux, Les éditions en pyjama

Autre point soulevé : le lecteur. Est-ce que l’enfant est un vrai lecteur?
Est-il en moyen de juger de la pertinence d’une œuvre?

Personnellement, je crois que l’enfant lecteur est quelqu’un d’intelligent. Ma fille de 6 ans par exemple, est capable de me dire si elle a aimée ou non une histoire. En revanche, elle ne peut m’expliquer de façon précise pourquoi.

Tous ses choix sont basés sur ses émotions, son ressenti. Comme la plupart des enfants, elle à une intelligence émotive très prononcée et c’est ce qui prime lorsqu’on lit un livre. Qu’on soit adulte ou enfant, les histoires qui nous touchent émotionnellement, peu importe la raison, sont nos préférées.

Alors, doit-on considérer les enfants comme de vrais lecteurs ou des lecteurs en devenir?

Pour ma part, je dirais qu’ils sont les deux à la fois et ils sont assurément très réels!

La place de la littérature dans les médias

Un des constats alarmants de la part des invités de cette fameuse conférence fut celui-ci : la place de la littérature dans les médias est presque nulle, imaginez maintenant la place de la littérature pour enfants!

Souvent relayée aux pages de sections qui n’ont aucun lien avec la littérature ou simplement absente des journaux, la littérature jeunesse semble être devenue une sous-catégorie…

Dans les médias télé, ils sont de plus en plus rares. Sauf quand on fait un « spécial jeunesse ». Lors de ces émissions spéciales, on n’hésite pas à louanger nos auteurs québécois.

Pourquoi ne pas simplement nous inclure dans la programmation régulière?
Je crois qu’en nous donnant une plus grande place dans l’écosystème médiatique, nous n’aurions même pas à se poser cette question et le public serait plus sensible à notre art.

De plus, il ne faut pas garder sous silence le fait qu’un grand nombre de nos auteurs dit « jeunesse » sont adulés partout dans le monde. Leurs livres sont traduits en plusieurs langues au même titre que n’importe quel autre genre littéraire.

Alors, non, je refuse de dire que la littérature jeunesse soit une sous-catégorie de littérature.

Retour à la réalité

Je suis donc de retour du Salon du livre de Montréal avec cette question qui me torture l’esprit. Les auteurs jeunesse sont-ils de vrais auteurs?

© Patricia Rioux, Les éditions en pyjama

Assises à l’arrière de la voiture, mes filles « lisent » leurs nouveaux albums, achetés le même jour. Je demande alors à ma plus vieille si elle est heureuse d’avoir pu rencontrer un auteur et que celui-ci ait dédicacé son livre. Elle me répond ceci : « Oui! Mais je suis encore plus contente d’avoir passée la journée avec une auteure que j’aime! Mon auteure préférée, c’est toi maman. »

En une seconde, elle a su me ramener à la réalité. Faut-il vraiment que je me pose cette question lorsque je sais pertinemment que je fais du bien aux autres et que mes lecteurs sont heureux?

Je suis certaine qu’aucun d’entre eux ne se formaliserait de cette question absurde…

Je suis une vraie auteure, c’est ma propre fille qui le dit!

© Patricia Rioux, Les éditions en pyjama

Et vous, quel est votre avis sur le sujet? Pensez-vous que les auteurs jeunesse sont de vrais auteurs?

* Titre tiré de la conférence de vendredi le 17 novembre 2017 au Salon du livre de Montréal :
Gallimard Ltée présente : Les auteurs jeunesse sont-ils de vrais auteurs?
Vincent Cuvellier, l’auteur de la série des Émile, publiée chez Gallimard jeunesse, affirme qu’il écrit et qu’il est donc un écrivain. Est-ce que le grand public, les médias et les professionnels du livre pensent la même chose ? On en discute avec lui et ainsi que Nadine Robert (éditrice), Yves Nadon (auteur et éditeur) et Patrick Isabelle (auteur).

Patricia Rioux est auteure, illustratrice et éditrice chez Les éditions en pyjama. Sa mission : « J’aide les enfants à rêver mieux en leur offrant des livres colorés, empreints de douceur et qui stimulent leur imagination. Je souhaite que tous les parents passent du temps de qualité avec leurs enfants. »

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