Dans cet article, je vous présente (si vous ne le connaissez pas!) le roman Kuessipan et je vous parle du film de la réalisatrice Myriam Verreault, librement inspiré du roman Kuessipan.

Publié en 2007, Kuessipan est le premier livre de Naomi Fontaine. Lors de sa publication, l’autrice avait 23 ans. On a du mal à le croire lorsqu’on lit ce livre puisque son écriture dégage une grande maturité.

Kuessipan offre une série de tableaux poétiques représentant des moments, des lieux, et surtout, des gens. Grâce à Naomi, on a accès à ce qu’il se passe dans les maisons. Et surtout, on est loin de ce que présentent les médias.

Kuessipan est une invitation à découvrir Uashat, la communauté où Naomi Fontaine a passé les premières années de sa vie.

Voyez par vous-même comment l’écriture est belle et comment les images sont fortes!

« La maison est petite, posée sur le sable. Personne pour l’entourer de clôtures, pour la garnir d’un bois court. Le bleu de ses façades est terne, presque gris, fatigué. Unique, esseulée dans sa dimension. Le sable ensevelit les déchets et les rares bouteilles de bière vide que personne ne s’est chargé de ramasser. En collision avec les murs, de courtes herbes poussent, parsèment les trois mètres de façade, d’un côté et de l’autre. »

KUESSIPAN | NAOMI FONTAINE | MÉMOIRE D’ENCRIER

« Tu dessineras un arbre du bout des doigts sur le sable fin de la baie. Pour toute distraction, il y aura le roulement des vagues. L’infini devant toi, l’eau qui suit le courant jusqu’au bleu du ciel. Le calme plat d’une journée chaude de juillet. Tu verras les endroits où je me baignais lorsque j’étais petite. Je te dirai que même la terre se déforme selon les caprices des humains. L’eau salie par le mépris de ce qui ne rend pas riche. Ton enfant réconfortera mes sept ans. Le regard neuf que l’on porte sur les choses qui éblouissent. Ton rire sera l’écho de mes espoirs. »

Kuessipan | Naomi Fontaine | Mémoire d’encrier

Kuessipan est aussi une invitation à ne pas porter de jugements sur certaines situations qu’on pourrait regarder de haut, comme les grossesses à l’adolescence.

« Le risque de ne pas tomber enceinte est plus grand que celui de l’être. Elles veulent toutes enfanter. Dès qu’elles trouvent preneur, elles ne se protègent pas, elles attendent que leur ventre s’alourdisse. Shannon a peur de ne jamais porter la vie. Dans ses désespoirs d’enfant triste, elle en veut à sa mère d’avoir si facilement conçu huit enfants. Elle voudrait seulement, comme toutes les autres, promener en carrosse un petit qui serait le sien, à elle.

L’enfant, une boule de chaleur, un rêve, petite fille ou petit garçon, une échographie, une parcelle de réalité, un battement de cœur si rapide, une prospérité, une façon d’être aimée, une rentabilité assurée, une manière d’exister, de faire grandir le peuple que l’on a tant voulu décimer, une rage de vivre ou de cesser de mourir. L’enfant. »

KUESSIPAN | NAOMI FONTAINE | MÉMOIRE D’ENCRIER

« Quand il viendra, elle n’aura pas encore le droit de conduire, juste le devoir de s’instruire. Elle rougira de honte lorsqu’on lui demandera comment s’appelle son petit frère. Elle sera seule jusqu’à minuit les soirs de fête, dans une maison peu spacieuse pour ses rêves de princesse. Elle aura vingt ans quand il fêtera son cinquième anniversaire.

Quand elle aura le double de son âge, elle aura l’impression qu’il la rattrape. Jeune et belle. Trente ans ce n’est pas rien. Il lui en voudra à seize ans de ne pas avoir été à la hauteur. Se lamentera comme une bête pour une paire de chaussures neuves qu’il n’aura jamais portées. Traduira son manque par un silence. Son silence par la jeunesse, l’insouciance, l’irresponsabilité de ses parents. Il criera qu’il est un accident et il aura mille fois raison. »

KUESSIPAN | NAOMI FONTAINE | MÉMOIRE D’ENCRIER

Avec délicatesse, Naomi présente des moments qui se sont déroulés avant sa propre naissance, en se basant sur ce qui lui a été raconté.

« Le printemps, les nomades retrouvaient leur village par le chemin tout tracé de la rivière. Ils traversaient les monts et les vallées, ramaient, marchaient, portaient. Ils y étaient habitués, restreints à se fondre dans la nature pour survivre. À se substituer à elle pour exister. »

KUESSIPAN | NAOMI FONTAINE | MÉMOIRE D’ENCRIER

« Il paraît que les hommes partaient à la chasse autrefois, des semaines durant, qu’ils revenaient vers leur femme avec de la viande pour des mois. Il paraît qu’une bonne pêche invitait à un festin tous les soirs de juin à septembre. L’homme, même absent durant de longues périodes, était maître de sa maison ou de sa tente. Il paraît que ces hommes savouraient chaque retour avec la conviction du travail accompli, avec l’ardeur et la rigueur qu’apporte ce sentiment masculin de fierté d’être non seulement pourvoyeur, mais aimant envers sa famille.

Personne ne lui a dit comment aujourd’hui il pouvait être comme ceux-là. »

KUESSIPAN | NAOMI FONTAINE | MÉMOIRE D’ENCRIER

Avez-vous remarqué LA chute du tableau légèrement plus haut?

Amateurs et amatrices de livres audio, Kuessipan est disponible gratuitement sur la plateforme Première Plus. Cliquez ici pour l’écouter.

Kuessipan, le film

Le film Kuessipan a obtenu une bonne réception dès sa première mondiale au Toronto International Film Festival le 8 septembre 2019. La première québécoise se déroulera le 18 septembre lors du Festival de cinéma de la ville de Québec. Ensuite, il y aura une projection à Sept-îles le 22 septembre. Suite à quoi, dès octobre, il sera possible de le voir dans un cinéma près de chez vous.

Pour ma part, j’ai eu la chance de le voir sur mon ordinateur quelques jours avant la première québécoise, dans le but de me préparer à une table-ronde.

Mon avis? WOW! Je craque pour le scénario et pour les belles images de la Côte-Nord!

J’avoue que j’avais des doutes sur la possibilité de faire un film à partir d’un roman sans dialogue, mais finalement, ça fonctionne très bien! J’ai reconnu l’essence du livre et j’ai été impressionnée par les possibilités qui ont été explorées et retenues.

Mon conseil aux étudiants qui doivent lire Kuessipan et qui préfèrent écouter le film : ce n’est pas du tout la même chose et ça va paraître dans votre travail à remettre! Si vous devez lire le livre, lisez le livre. Si vous voulez en profiter pour voir le film (en plus de lire le livre), écoutez-le.

À voir absolument, de préférence au grand écran!

Activité L’écriture scénaristique VS le littéraire

Je l’ai dit un peu plus tôt, j’ai vu le film afin de me préparer pour une activité. Dans quelques heures (au moment de publier ces lignes), à la Librairie Morency, je vais co-animer avec Daniel Grenier une table-ronde avec Naomi Fontaine, auteure du roman et co-scénariste du film, et avec Myriam Verreault, réalisatrice du film. J’ai TRÈS hâte de discuter avec elles d’écriture scénaristique VS d’écriture littéraire!

« Kuessipan, roman de Naomi Fontaine (2011, Mémoire d’encrier) est adapté au cinéma par Myriam Verreault. Pour souligner la première québécoise du film qui sera présentée dans le cadre du Festival de cinéma de la ville de Québec, nous vous invitons à une discussion entre l’auteure et la réalisatrice autour des enjeux d’adaptation de la littérature au cinéma. »

Kuessipan « Écriture scénaristique vs le littéraire »

C’est ouvert à tous et c’est gratuit. Ne manquez pas ça si vous êtes à Québec!

Mise à jour à propos de l’activité

L’activité avec Naomi Fontaine et Myriam Verreault a duré environ 1h30. Autour d’une heure à jaser en table-ronde et environ 30 minutes de questions du public. C’était tellement intéressant qu’on aurait pu continuer à jaser longtemps. Longtemps.

Je vous propose de regarder les 2 vidéos plus bas. Il se pourrait fort bien que vous regrettiez de ne pas avoir été des nôtres le 17 septembre à la Librairie Morency! Et si vous étiez là, ça va vous rappeler des souvenirs!

Un énorme merci à Pascal Raud d’avoir filmé sans que je m’en rende compte!

En conclusion, le livre et le film sont complémentaires. Ils ne s’équivalent pas et ont chacun leur raison d’être. Mon conseil : lisez le livre ET écoutez le film, dans l’ordre que vous désirez. Mais faites les deux!

Grâce à un partenariat avec la coopérative des Librairies indépendantes du Québec, 4% de votre achat (la totalité de mes redevances) sont remis à un organisme œuvrant en alphabétisation. Tous les achats comptent. Il suffit d’utiliser un de mes liens sécurisés. Cliquez ici pour obtenir plus d’informations.

Julie Collin
Fondatrice et blogueuse en chef

Libraire, chroniqueuse culturelle et animatrice, ma vie tourne pas mal autour des livres!

Je lis de tout, et partout. Sur papier et sur ma liseuse numérique.

Je parle de mes lectures simplement, comme j'en parle avec mes amis devant un verre ou une tasse. Sentez-vous bien à l'aise de vous préparer un breuvage. 😉

N’hésitez pas à commenter et/ou à me recommander des lectures.

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